Un tour du monde à vélo en image et en vidéo pour la construction d’un centre international d’expression artistique !

Posted in Art Child | 4 Comments »

Nous reversons vos dons à l’association Art Child pour la création d’un Centre International d’Expression Artistique

Suivez notre aventure et partagez notre action sur vos réseaux sociaux Internet !
L INTEGRALITE DE NOS PHOTOS SONT DISPONIBLES SUR NOTRE PAGE FAN FACEBOOK

SUIVEZ RÉGULIÈREMENT NOTRE AVANCEMENT SUR CE PLAN!


Afficher Asia real sur une carte plus grande

De Hong-Kong à Phnom Penh. Quelques anecdotes de voyage !

Posted in Art Child | Commentaires fermés

Un changement ? : « Vous pouvez répéter la question ?« 
Nous sentons un changement lorsque nous rentrons dans Macau. Après plus de deux mois de voyage « passif » à Lima et Hong-Kong, c’ est un retour à notre instinct de voyageur à l’improviste. Nous sentons rapidement un contraste entre Hong-Kong et la véritable Chine qui est plus rurale et incompréhensible. Fini la langue anglaise ou espagnole que l’ on croise à tous les coins de rues. Place maintenant au réel inconnu, aux véritables « galères » du voyageur qui passe plus d’une heure à trouver un endroit pour changer sa monnaie, à acheter de quoi manger et à savoir dans quelle direction aller. A défaut de ne pouvoir que griffonner les principales indications calligraphiques, montrer du doigt, utiliser quelques mots avec une prononciation douteuse et échanger des sourires qui sont universellement compris, nos premiers jours en Chine sont un peu comme une chasse au trésor qui nous confronte tous les cinq kilomètres à un père Fourra jovial mais encore plus difficile à comprendre. Bref, notre entrée en Chine nous remet dans le bain du voyage. Il nous manquait.

Une satisfaction ? : La solidarité à la Chinoise
Nous avons réussi à traverser en camion un pont d’autoroute interdit aux vélos afin d ‘éviter un énorme détour par les routes de campagne chinoise. En quelques mots, notre satisfaction a été la suivante : avoir réussi à convaincre un par un les membres du personnel autoroutier et surtout constater qu’ils nous on finalement aidé de bon cœur. Notre ressenti est le suivant : en Chine, on ne transgresse pas une loi pour le bien d’un individu mais on s’efforce de résoudre collectivement un problème.

Un merci ? : Nous remercions la Chine ! (我们感谢中国) !
Un énorme remerciement à Chu Cheng, un cycliste quarantenaire qui a tenu à faciliter notre séjour à Zhangjiang. Il nous a offert un accueil des plus  originel. Salon de thé, restaurants populaires, marché local, magasins de vélo, monuments à voir etc. Ils nous a accompagné dans ces genres d’endroits qui permettent d’affirmer que l’on a vu un pays de prés et en très bonne compagnie.

Nous ne pourrons jamais assez remercier David, Moa et sa famille car leur accueil a été extraordinaire et précieux.

Extraordinaire car, même si nous sommes de plus en plus habitués à loger chez l’ habitant, nous avons été frappés par la simplicité de cette famille qui nous a nourri et logé pendant cinq  jours. Très bonne cuisine familiale, repos dans l’herbe, ping-pong, skate, guitare et diabolo avec les enfants du quartier, sorties musicales improvisées dans Nanning. Nous n’avons pas manqué d’activités le temps d’obtenir nos visas vietnamiens.

Précieux car cette Chine en toute simplicité a fait contraste avec avec une entrée annonçant quelques ‘’galères’’.

Un étonnement ? : « Quand l’appétit va, tout-va ! »
Nous avons été frappés par la simplicité de l ‘aide vietnamienne. Voici le récit de la journée qui illustre au mieux cette impression.

C’est un jour de pluie hivernale apparemment comme les autres. Manteau, pantalon imperméable, écouteurs dans les oreilles, le cerveau occupé à faire attention au trafic, les yeux à regarder les rizières que la pluie a transformé en lac de pêche (véridique), le visage et les mains à rendre les innombrables « hello« . Soudain, la pluie s’intensifie et le vent se lève plus qu’à l’ accoutumée. L’ intempérie est telle que nous nous arrêtons pour ne pas gâcher notre énergie sans compter que le moral n’est pas tout le temps imperméable. Sur notre gauche, une petite gargote mouvementée nous appelle. Nous y entrons et n’ avons même pas le temps de nous asseoir qu’une table nous invite à dîner … et à boire. Force est de constater qu’une session d’ alcool post-matinale a déjà commencé et que nous ne pouvons refuser cette invitation amusante qui tombe finalement à pic. Nous buvons et mangeons les ‘’pho’’ (soupe de nouille) qu’on nous amène une par une et que nous n’avons parfois même pas le temps de finir. Nous passons presque une heure et demi à communiquer grâce aux quelques mots anglais que connaissent nos hôtes. Nous repartons finalement remplis  de nourriture, de bière et avec un nouvelle anecdote à notre compteur d’étonnement. Mais l histoire ne s’arrête pas là …

Nous roulons ensuite l’esprit tranquille tout en pensant à cette bande de joyeux qui nous a offert un moment inoubliable. Au bout d’une bonne heure, Thomas sous-estime une descente abimée et décroche une sacoche avant qui, en touchant la roue, fait casser 6 rayons (un nouveau record …). La nuit est sur le point de tomber, la pluie aussi. On se met péniblement à la tâche quand un jeune vietnamien débarque avec son ami, nous arrache quasiment la roue des mains, répare le tout à une vitesse hallucinante et repart aussi vite qu’il est arrivé, sans même dire au revoir …

L’un des vietnamiens de la gargote nous avait dit au moment de partir : « Les vietnamiens vous aiderons,  c’est comme ça ». Il avait bien raison.

Ce qui ne se partage pas ? : Il faut le vivre pour le croire
Il est difficile de tout partager avec les mots. Certaines choses sont difficilement descriptibles. Tenter par exemple de vous expliquer succinctement notre périple en Chine revient à vous montrer la photo d’un paysage typique. Vous y voyez des montagnes irrégulières et brumeuses dominant des rizières d’un vert éclatant. Vous pourriez également voir des paysans à têtes pointues et tirant leurs énormes vaches cornues. Mais vous ne voyez cependant pas le reste du panorama ni le sourire lancé par le paysan  une seconde après avoir enclenché le bouton. Vous ne pouvez pas non plus toucher l’ épaisse peau noire de l’animal ni même sentir le vent qui vous fouette le dos et qui donne aux rizières une allure de mer verte et houleuse. Bref, lorsque vous voyez nos photos, vous avez un rapide aperçu statique de nos journées alors le voyage ne se regarde pas, il se vit.

En effet, la nourriture ne se gratte pas sur du papier mais se goûte sur les papilles. Elle ne se partage qu’autour d’une table. Poissons, fruits de mer, viandes, chien, serpent, fritures, légumes, soupes, nouilles et riz. Le tout cuit et assaisonné comme seule la véritable Chine sait faire. Nous recommandons fortement cette gastronomie qui a vraiment tout pour plaire. A notre retour, la cuisine au wok sera de rigueur.

Les pauses sur la route. Ces moments où nous nous arrêtons le temps d’ un étirement, d’ une boisson fraîche, de quelques commentaires sur notre ressenti de la journée, de rapides échanges avec les passants et les commerçants ou simplement pour regarder le paysage tout en reposant notre arrière train. Nous ne pouvons partager avec vous ces moments car ils sont trop nombreux. Devenus pour nous même banals, nous savons que ces instants mériteraient qu’on vous explique en détail en quoi ils sont l’ essence de notre voyage. Mais il est facile pour vous de deviner. (cf photo :p)

Des rencontres importantes ? : Nos compagnons de route !
Nous nous sommes fait quatres compagnons de route en Asie : Aqi, Rain, Shivam et Flo.

Nous avons rencontré le premier un matin, à quelques kilomètres de Nanning. De son prénom européen, David est le genre de personne que tout cyclorandonneur rêve de croiser lors d‘un périple en Chine. Sa rencontre a tout simplifié. Il nous a accompagné jusqu’ à Nanning, nous a fait loger sur place chez une de ses amies, nous a aidé à obtenir les visas vietnamiens, nous a également accompagné sur la route du Vietnam, notre 9ème pays. Avec lui, nous étions comme à la maison, nous n’ avions plus qu’ à nous  laisser guider sur la route, dans les restaurants, dans les hôtels ou chez les habitants. C’est un personnage enjoué, bourré de malice et facile à vivre si bien que son faible niveau d’anglais n’a finalement posé aucun problème. Comme  quoi, le voyage se passe parfois (souvent ?) de mots. Après un premier périple au Tibet, Aqi entreprend actuellement un tour de Chine à vélo de trente milles kilomètres en deux ans. Dommage que son livre ne soit pas disponible en anglais, il aurait de sacrées bonnes anecdotes à partager avec le reste du globe à son retour.
Sa phrase préférée : « No problem, you go, I go !« 

Nous avons rencontré Rain le lendemain de notre départ de Nanning. Avec ses deux petites sacoches arrières et sa tente comme seuls bagages, Rain s’est lancé il y a un mois dans un périple qui devrait le mener jusqu’ en Europe. Avec une spécialisation en Anglais qu’il veut mettre en pratique, Rain a pris la décision de voyager hors de son pays. Nous l’admirons d’ une part pour cette ouverture d ‘esprit qu’il considère comme essentielle pour son avenir et d’autre part pour sa ténacité à entreprendre ce voyage hors de Chine en dépit des difficultés administratives et financières.
Sa phrase préférée : « Is it cheeper than in China ? »

Alors que nous attendions nos extensions de visas vietnamiens dans la zone backpacker de Hanoi, se trouvaient à deux pas de notre hôtel, Lucas et Simones, deux jeunes autrichiens qui cherchaient à vendre leur moto de voyage. Après avoir passé la plupart de notre temps à discuter de nos itinéraires respectifs sur le seuil de leur hôtel, nous rencontrons rapidement Shivam, un indien de 23 ans, originaire de New Delhi. Il était justement à la recherche d’une moto pour descendre dans le sud du Vietnam. Nous nous sommes rapidement entendu avec ce voyageur qui partage notre vision nomade: ‘ »NO plan is THE plan« . Étant naturellement plus rapide que nous sur sa machine à pétrole, nous voyageons avec lui par intermittence. Nous comptons le revoir en Inde. Shivam est le genre d’ ami que nous apprécions énormément : sympathique, simple, spirituel, ouvert …bref, indien.

Sur les conseils de Dia, un ami rémois, nous nous sommes rendu chez Flo, un ami à lui qui vit au Cambodge depuis peu. Passer une semaine à Phnom Penh en compagnie de ce français-khmer qui a vécu à Reims nous a téléporté dans notre ville natale. Nous le quittons en direction du temple d’Angkor mais nous comptons le revoir en Inde également.  C’est dingue comment une rencontre prévue et « banal » peut s’avérer être inattendue et finalement géniale.
Sa phrase préférée : « Gadez le ! »

Dernière danse avec les Andes : Le Pérou deuxième partie

Posted in Art Child | No Comments »

Nous quittons Cuzco après trois semaines passées dans cette ville. Pendant ce laps de temps, nous avons bien sûr visité le Machu Pichu qui vaut vraiment le coup d’œil et avons eu le temps de nous faire des amis de toutes nationalités. L’hostel Pariwana nous a même hébergés gratuitement pendant deux semaines. Le patron José a beaucoup aimé notre projet et voulait nous aider dans notre aventure à sa manière. La ville est magnifique, de plus nous y avons vécu l’élection présidentielle et toute l’effervescence qui l’a accompagnée. Pendant trois jours avant ces dernières, les établissements n’ont pas le droit de servir de l’alcool. C’est une tradition de prohibition au Pérou à chaque élection. D’un jour à l’autre la ville devient plus calme, reposante. Nous sentons que les gens ne pensent qu’à cet événement et dans un pays comme le Pérou, très engagé politiquement, la tension est palpable.

C’est quand même un sentiment de joie qui nous habite aujourd’hui car nous reprenons la route après cette longue pause avec tout de même un sérieux pincement au cœur de quitter cet endroit où nous commencions à nous sentir comme chez nous. Aashiq, le cycliste américain, a décidé de nous suivre jusqu’à Pisco et de traverser les Andes avec nous. Cette ville située sur la côte à deux cents kilomètre au sud de la capitale a été ravagée par un terrible tremblement de terre en 2007 et continue à se reconstruire petit à petit. Il compte travailler pour une association bénévole appelé « Pisco Sin Frontera « .

C’est dans le même esprit de voyage, une équipe soudée prête à traverser ce pays d’Est en Ouest, que nous donnons nos premiers coups de pédale hors de la ville. A ce groupe nous ajoutons un compagnon qui va nous suivre un petit bout de temps, Choly, une poule vivante qu’Aashiq transporte sur son porte bagage avant. Nous lui offrons un petit sursis de quelques jours et un voyage dont très peu de poule peuvent se vanter.

Nous passons notre première nuit dans un village, invités par un habitant qui nous prête son jardin pour camper. Il s’appelle Wil et toute sa famille vient nous saluer le soir. Il s’inquiète beaucoup pour nous, il craint que nous ayons froid et nous sort des couvertures bien chaudes qu’il nous tend avec un regard paternel et protecteur. Le matin, toute la famille s’active tôt et c’est ensemble que nous prenons le petit déjeuner. Le grand père, tiré à quatre épingles, nous sort avec son plus grand sourire une blague et repart aussitôt sur cette note d’humour. Il sait d’expérience comment bien commencer une journée. Nous croisons la route d’un cycliste espagnol qui va à Cuzco. Il est très amusé par notre poule et nous lui conseillons des endroits à voir. Nous atteignons le soir les sources thermales de Cconac. Pour les atteindre, il faut descendre un chemin de terre en lacet de trois kilomètres plutôt raide et encombré de cailloux, que nous devrons remonter demain à la force de nos bras. Mais qu’importe, c’est le prix à payer pour pouvoir profiter d’une baignade relaxante et d’un campement calme.

La première partie de journée, l’ascension commence. Le rythme est lent mais sûr. C’est la première épreuve, le premier mont qu’il faut traverser. A midi nous commandons « l’almuerzo » (Le plat du jour). Pour cinq soles (un euro cinquante environ), on vous apporte une soupe suivie d’un plat de viande ou de poisson accompagné de riz. A chaque pause, nous attirons en général l’attention avec notre look de martiens et nos destriers surchargés, mais là, en plus nous amusons la galerie avec notre poule qui caquette dans sa boite en bois de cagette. Beaucoup de passants s’arrêtent et engagent la conversation.
Il n’y aura aujourd’hui pas même un endroit plat. La route en lacet fait que nous voyons le point que nous atteindrons dans une heure et où nous étions l’heure précédente. La nuit tombe et nous apercevons quelques maisons sur le bord de la route. Quelques personnes attendent probablement un bus dans un virage et nous indiquent un chemin où nous pourrons trouver un endroit plat où installer notre campement. Ce petit sentier nous mène au bord d’une rivière. Choly se dégourdit les jambes pendant le diner comme chaque soir et c’est bercés par le bruit de ruissellement que nous trouvons un sommeil bien reposant.
Après un copieux petit déjeuner, nous engageons la dernière partie de cette ascension qui va nous faire passer ce premier col. Après trois heures d’ascension nous déjeunons devant un spectacle d’enfant. C’est l’anniversaire du village et les petites têtes brunes exécutent des chorégraphies minutieusement préparées et fortes de symboles. Avant le sommet, nous croisons Hanna, une suédoise qui voyage à vélo depuis un an et huit mois. Elle est partie de Vancouver et va jusqu’à Ushuaïa. Nous échangeons quelques conseils sur nos futures routes respectivement et poursuivons. La vue du sommet est époustouflante. Nous pouvons voir tous les monts enneigés des alentours et lorsque nous baissons la tête, à trois mille mètres plus bas, dans la vallée, la ville d’Abancay se dessine. C’est le but de la journée. Le fait de la regarder en roulant me donne une sorte de vertige. Il reste quarante kilomètres de descente pure que nous avalons en une heure. Un vrai soulagement après ces deux jours d’escalade. Enfin le poids de nos vélos devient un avantage et nous doublons les véhicules motorisés. Ce soir la douche chaude de ce modeste hôtel relève du bonheur.

Il faut trouver aujourd’hui les ingrédients nécessaires à la préparation de Choly qui a gambadé dans la salle de bain toute la nuit. Le but est d’atteindre le fleuve afin de disposer de suffisamment d’eau et de trouver un campement. Nous le trouvons après quelques prospections non fructueuses. Une petite plage de sable offre un lieu idéal pour le sacrifice de la bête. L’affaire est réglée en quelques secondes. L’animal séparé de sa tête continue de se débattre parvient à se libérer de mes mains inexpérimentées et effectue ses derniers pas avant de finir vidé et embroché. C’est un festin même si le manque de temps fait que sa viande est un peu dure. Allongés sur un rocher, face aux étoiles étincelantes et nombreuses, nous digérons tranquillement. Le bruit du fleuve déchainé couvre les sons de la route et nous autorise une évasion par la pensée.

Le paysage dans la vallée est verdoyant et le climat bien plus clément qu’auparavant. La ville de Chalhuanca dépassée, une nouvelle ascension se prépare. Au fur et à mesure que nous prenons de l’altitude, le décor se désertifie ce qui nous pousse à camper rapidement, pour rester à une altitude raisonnable.
Nous passons à trois mille mètres sur un plateau qui reprend les couleurs du paso San Francisco. L’horizon visible, les touffes, les maisons en ruine et les lamas. En ajoutant le vent froid de face l’épreuve est complète. Il faut pédaler coûte que coûte, oublier la vitesse ridicule et faire abstraction des douleurs physiques. Notre salut arrive à la nuit tombée dans le petit village de Pampa Marca. Une chambre avec deux paillasses qui sentent le chien mouillé nous évite le campement gelé.

A cette altitude, c’est avec un climat paradoxal que nous commençons la journée. Vent violent et glacé accompagné d’un soleil brûlant. C’est comme attraper un rhume en été, décalage étrange, sentiment d’incompatibilité. Cette partie de pampa est la pire que nous ayons traversé avec Aashiq. Nous n’en voyons pas le bout. Tout est plat et les lamas sont là. Ils vous regardent d’un air surpris passer à l’allure d’un escargot. A chaque fois que nous ne voyons plus la route à cause d’une bosse, nous prions pour que LA descente apparaisse, mais nous allons de déceptions en épreuves. Même en descente nous devons pédaler car nous sommes freinés par un vent de face vicieux et tenace. Nous n’y croyons presque plus quand d’un coup la vitesse augmente et la vallée apparaît. Le ciel rosé nous offre pour décor une peinture de maître. Le corps reprend de la vigueur, les sourires se fixent. Puquio apparaît dans la vallée, nous y entrons de nuit exténués mais joyeux.

Nous nous y reposons une journée et sommes interviewés par une radio locale. Le linge frais, les muscles prêts, nous repartons. La route en lacet est agréable. La nature ici est généreuse. Nous campons près d’un restaurant routier.

La fin des Andes et palpable. Aujourd’hui nous passons le dernier sommet. L’un des plus hauts aussi.

Et la réserve naturelle  »Pampa Galera » porte bien son nom. Le panneau qui indique son entrée se situe à quatre mille trois cent mètres d’altitude. A quatorze heure trente ce jour nous l’atteignons en ayant parcouru à peine trente kilomètres. Après ce point, tout devient plus facile. Devant nous quinze kilomètres de plat avec un vent clément. C’est l’un des plus merveilleux instants du voyage. Nous sommes fatigués certes mais avec un physique prêt. Nous admirons cette nature préservée, ces espaces quasi-vierges. La beauté du lieu nous submerge. C’est pour ces moments là que nous sommes partis et bizarrement ce sont les plus difficiles à décrire. C’est une fierté, un accomplissement. Comme pour un marathonien qui finit sa course. Le doute le quitte c’est soudain le bonheur qui l’habite. Pour nous pas de médaille. Une autre récompense nous attend. Quatre vingt kilomètres de pure descente laissant apparaître la séparation entre la montagne et les dunes, le désert en bas commence, il n’est pas très grand mais il est la porte qui va nous mener à la côte.

De là où nous sommes, avec un peu d’imagination, nous voyons presque l’océan. Nous sommes au dessus des nuages et deux heures plus tard au niveau du rivage. Un plaisir de pilotage énorme. Après cent vingt cinq kilomètres aujourd’hui nous entrons dans Nazca. Les montagnes nous saluent derrière au loin. Tout est plat et à cette altitude nous avons un souffle puissant qui rend l’effort très facile.

Nous nous arrêtons aux Lignes de Nazca mais ne nous y attardons pas. Atteignons rapidement Ica et enfin après une petite étape de dune, Pisco nous ouvre ses bras. Nous y retrouvons l’océan perdu de vue depuis deux mois. C’est aussi le temps des au-revoir. Nous laissons Aashiq avec de nouveaux amis. Notamment un groupe de filles venues de la faculté de médecine de Lille, qui font partie de l’association « goutte d’eau ». Cette association participe à des projets humanitaires un peu partout dans le monde et y envoie des équipes d’étudiants chaque été. Nous passons une bonne soirée avec elles. Après une grande embrassade, nous reprenons la route à deux et saluons cet américain un peu fou avec qui nous avons traversé le Pérou.

Lima est ralliée en deux jours par la Panamericana. Nous entrons dans cette ville encombrée pour y retrouver un ami de

notre école qui s’est installé ici. Guill

aume nous accueille avec sa femme dans la maison familiale.

Pendant quelques semaines nous sommes partagés entre la maison de Guillaume etla Casona Roja.

Un backpacker dirigé par Jean-Christophe et Charles-Éric. Nous avions rencontré Jean-Christophe à Cuzco et nous le retrouvons ici pour des moments inoubliables. Des soirées folles et des rencontres qui resterons gravées. Depuis le début du voyage le sentiment de « se sentir à la maison » n’aura jamais été aussi fort qu’ici. On repassera les gars, vous pouvez compter sur nous !

Notre vol pour Hong-Kong est réservé. L’Asie arrive à grand pas. Nous profitons au maximum de nos derniers instants en Amérique du Sud et c’est trop vite que nous embarquons dans cet avion. Aucun problème pour les vélos.

Dans l’avion quelque chose d’invraisemblable nous arrive entre Lima et San Francisco : nous tombons par hasard sur l’un des trois amis avec qui Aashiq avait commencé son voyage à vélo. Il rentre chez lui, on se reconnaît et nous passons le vol avec lui.

Arrivés à Hong Kong, nous devons faire les VISAS chinois. Étant à vélo, par la voie normale légale, c’est quasiment impossible de l’obtenir car il faut des réservations d’hôtel et un itinéraire détaillé. Nous passons donc par une agence de voyage qui pour vingt euros de plus ne pose pas ce genre de questions. Une fois ce problème administratif réglé et la ville visitée, nous passons notre dernière nuit à rêver – dans notre guest house au treizième étage d’un immeuble de Kowloon – à suivre …

Viva el Paro : Le Pérou 1ère partie

Posted in Art Child | No Comments »

Après plus de deux semaines passées en Bolivie, notre route reprend. Il est temps de retrouver ce que nous avions laissé de côté un moment. La route, l’inconnu l’aventure, la rencontre. Ce qui fait notre vie depuis neuf mois environ : le voyage. Pas celui que l’on trouve joliment emballé sur papier glacé derrière un bureau où l’on vous tend un résumé des activités prévues pour ces deux prochaines semaines. Nous, nous avons signé pour bien plus : La liberté, l’itinérance lente. Une sorte de vie de nomade avec pour seules marchandises notre histoire, des oreilles ouvertes et un optimisme à toute épreuve.

La situation est assez compliquée à la frontière entre le Pérou et la Bolivie. Début mai 2011, une entreprise canadienne avait annoncé un projet de mine d’argent à proximité de Puno.
Cette ville est située au sud du pays sur les berges du lac Titicaca. Les indiens Aymara et Quechua s’opposent fermement depuis lors à ce projet par un blocage de la frontière avec la Bolivie.
Ils manifestent leur désaccord en empêchant tout bus ou voiture de passer. La route est parsemée de barrages de pierre, de morceaux de verre brisés et bien sûr de personnes en colère.

Deux solutions s’offrent à nous. La première, rallier Puno par bateau de manière clandestine afin d’y obtenir nos tampons d’entrée au Pérou. La deuxième, rejoindre cette ville par la route à vélo. La décision est toute choisie. Nous allons voir par nous-mêmes ce qui se trame dans cette région. Nous sortons de l’hôtel les vélos chargés quand soudain nous tombons nez à nez avec trois cyclistes américains. La discussion s’engage naturellement. Deux d’entre eux veulent traverser en bateau par manque de temps et en raison de problème techniques, mais le troisième, Aashiq ne l’entend pas de cette oreille et en nous voyant décide de nous suivre. C’est donc à trois que nous allons rouler vers Cuzco. Nous campons pour la première et dernière fois en Bolivie juste avant la frontière au bord du lac immense. Le cadre est vraiment agréable et nous faisons connaissance avec notre nouveau compagnon de route.

Au matin, un groupe d’une dizaine de personnes apparaissent pour le petit déjeuner. Ils attendent tous un de ces fameux bateaux clandestins.

Pour eux nous sommes une bonne attraction. Dans leurs questions on peut sentir une part d’admiration, une part d’incompréhension mais surtout de la sympathie voir même de l’empathie parfois.
Une heure et demi d’attente pour obtenir les tampons de sortie de territoire. L’homme de douane n’était pas tellement motivé ce matin et il nous prend pour des fous. Il doit plutôt apprécier ce moment où le travail n’afflue pas tellement quand on voit avec quelle motivation il part à la recherche du fameux tampon hors de son bureau. Il revient avec un air grave et c’est sans un sourire qu’il exécute la procédure.
A peine cent mètres après la frontière, nous traversons la première barricade de pierre. Il y a du verre brisé parsemé un peu partout sur la route. C’est un vrai décor de guérilla à une petite différence prêt, ici tout le monde nous salue et nous sourit. « Que font ces martiens dans ce pétrin? » doivent-ils penser.

Avant de traverser la frontière on nous avait mis en garde sur « l’agressivité des paysans » et sur leur « antipathie face aux étrangers ». Pour l’instant c’est carrément l’inverse. Ils sont même plutôt curieux. Le premier barrage occupé par des personnes que nous traversons est pour nous une sorte de test. Nous l’appréhendons un peu, on ne sait jamais vraiment ce qu’il peut se passer.

Nous y allons franchement, dégainant nos plus grand sourires, à grand coup de « Buenos Dias », « suerte » et de « Viva el Paro » (Vive le blocage), pour leur faire comprendre que nous sommes de tout cœur avec eux dans leur combat pour la préservation de l’environnement de leur région. Ces hommes et ces femmes se battent pour que leurs enfants puissent profiter comme eux de cette nature préservée si belle et si généreuse. La construction d’une mine à cet endroit polluerait les cours d’eaux et transformerait leur région en un foutoir d’affluence de mineurs et de grosses machines sans qu’ils ne puissent même en profiter financièrement.

Ils nous laissent passer sans aucun problème, ils nous encouragent même. Apparemment il y a soixante-dix barrages comme celui-ci jusqu’à Puno. Soit un tous les deux à trois kilomètres environ.
En ces lieux où les gens se rassemblent, ils mangent, discutent, chantent, boivent, rient et arrêtent tout véhicule approchant, dans la bonne humeur en règle générale. Pour nous c’est différent, quand ils nous voient arriver, ils sont surpris et ne savent pas vraiment comment réagir. Certains nous regardent l’air agar et sans mot dire nous laissent passer. D’autres nous donnent l’impression de participer à une course tant les acclamations sont motivées et ces derniers veulent absolument nous arrêter pour nous offrir à manger et nous inviter quelques minutes avec eux afin de comprendre notre démarche.
On nous offre des pommes de terre et nous prenons quelques photos pour immortaliser ces instants. Il est bien plus facile, pour nous qui sommes à vélo à cette altitude et dans cette zone qui ne voit finalement que passer le tourisme, de susciter la sympathie.
Nous n’avons à faire qu’à deux barrages un peu récalcitrants. Mais voyant notre certaine maîtrise de l’espagnol et notre soutien à leur lutte, ils finissent par nous ouvrir la voie et nous encourager vivement.
La nuit tombe doucement, il faut trouver un endroit où camper. Nous demandons à un paysan un peu à l’écart de la route. Il nous indique un carré d’herbe à côté de sa maison pour poser notre tente. Il assiste à l’installation avec sa petite fille qui a quatre ans et qui semble un peu timide mais très curieuse.

Au matin le petit déjeuner est partagé avec la famille et nous reprenons la route vers Puno. Nous traversons sans encombre une série de barrages similaires à ceux de la veille. La ville est en vue. Elle est à flanc de colline face au lac. D’ici elle paraît charmante. En y entrant c’est un autre tableau. Nous tombons sur une grosse manifestation et sommes vite cernés de toutes parts et assaillis de questions criantes. On nous hèle « GRINGO! ». Ils sont tous armés de bâtons. Ceux avec qui nous parlons finissent par nous conseiller vivement d’emprunter, pour notre sécurité, la rue parallèle moins encombrée de manifestants. Nous trouvons rapidement le bâtiment administratif où se faire régulariser et réservons un hôtel pour la nuit. Le lendemain matin, cherchant un bureau de change, on se rend compte que pratiquement tout est fermé. La ville semble assiégée. Tout le monde manque de tout. Nous sortons de Puno avec en toile de fond un gros nuage de fumée venant du centre ville. Ce sont des voitures qui brûlent face au bâtiment où la veille nous avons obtenu nos tampons d’entrée péruviens. La route est toujours encombrée comme depuis la Bolivie. Les personnes voulant se rendre à Juliaca, la prochaine ville située à quarante kilomètres, se débrouillent. Impossible d’utiliser une voiture dans ces conditions, c’est alors des motos, des vélos mais surtout des centaines et des centaines de personnes à pied. Nous traversons une vraie scène d’exode. Une marée humaine recouvre l’asphalte et nous sommes au milieu, slalomant entre les pierres, les bouts de verre et les marcheurs. Ce mouvement reste tout de même joyeux, on nous sourit et surtout on nous charrie encore à grand coup de « GRINGO! ». Effectivement à ce moment ils ne courent pas les rues, nous sommes les seuls, alors on prend ça plutôt bien. Nous entrons dans Juliaca de nuit et trouvons un endroit où dormir. C’est la fin de la zone de manifestation. Après ce point, la route redevient normale.
Pour conclure cette partie, il faut savoir que ce mouvement de contestation va porter ses fruits, mais à quel prix. Le 25 juin 2011, six manifestants auront déjà perdu la vie. Cet épisode poussera l’ancien gouvernement à annuler le projet de mine. Toute cette histoire profitera finalement au parti de gauche péruvien représenté par Humala Ollanta, qui utilisera cet épisode pour mettre en avant la mauvaise volonté de ses adversaires. Il est l’actuel président du pays, au pouvoir depuis le 28 juillet 2011.
Le voyage reprend donc normalement et la route est désormais pratiquement déserte. Nous roulons toute la journée et finissons sur une colline dominant une large vallée où au milieu repose un lac calme épaulé par quelques montagnes. La nuit est glaciale et ce matin le sac de couchage d’Aashiq a gelé. A trois nous avons pris nos marques, le groupe fonctionne bien. Ce troisième compère partage la même philosophie du voyage que nous. Nous déjeunons dans la petite ville d’Ayavici. En ce dimanche matin s’organise le défilé des enfants scolarisés. La fanfare résonne et les enfants rigolent en nous voyant. Nous sommes à 3800 mètres d’altitude et en roulant, des images du paso San Francisco reviennent en mémoire. Des grands espaces vides, des montagnes enneigées au loin. En fin de journée nous tombons sur un panneau : « vous êtes à 4338 mètres d’altitude ». Il nous faut absolument redescendre pour éviter de passer une nuit trop froide. Après le panneau, heureusement pour nous, la route est en descente. Le problème étant que maintenant il fait nuit et que nous roulons à vive allure. Finalement aujourd’hui nous avons parcouru cent vingt cinq kilomètres et rallié la ville de Sicuani.
Le matin suivant en partant, nous apercevons Roland Garros à la télévision. C’est assez déroutant de voir la France en direct quand en tournant la tête les rues sont remplie de Cholitas, de taxi à trois roues et que l’arrière plan est un paysage montagneux andin. Les montagnes d’ailleurs changent, elles passent du blanc au vert et commencent à ressembler à ce que l’on peut voir sur les cartes postales représentant le Machu Pichu. Nous approchons du but. Le dernier campement avant d’atteindre Cuzco (la ville point de départ pour aller visiter cette merveille du monde) se trouve dans une forêt bercée par le ruissellement d’une rivière à proximité. L’effervescence est palpable ce matin. La route est vite effacée et nous entrons dans le nombril du monde. (Cuzco en Quechua signifie nombril. Le premier Inca Manco Capac, l’a fondé en ce lieu qu’il désigna comme étant le nombril du monde).

Quelques anecdotes de voyage ! Qu’est ce que les mots suivants vous évoquent ?

Posted in Art Child | No Comments »

Un rêve ? : L’imaginaire et la réalité, la fine barrière entre théorie et pragmatisme
Le terme « tour du monde à vélo » évoque à première vue une aventure à l’improviste, un rêve, un projet qui se fonde sur un flou artistique imaginaire et finalement assez irrationnel. Cependant, si l’on se penche concrètement sur sa mise en place, on se rend vite compte que c’est un voyage qui nécessite une logistique implacable. « Vous êtes de grands rêveurs complètement insouciants ! » nous disait notre assureur lors de notre dernière entrevue. Dans le fond, nous sommes assez d’accord avec cette remarque mais nous n’avons cependant pas manqué de pragmatisme en ce qui concerne la mise en pratique de notre imaginaire.


Organisation de votre projet ? : Rappel théorique, retour à l’école
Organiser consiste à planifier des actions dans le temps, à émettre des doutes sur leur déroulement  et  à prévoir des solutions afin de ne pas être pris au dépourvu lors d’un imprévu. « Envisagez l’inenvisageable car l’erreur n’est pas une option […] La stratégie est ce qui manque à la pensée pour se transformer en action, alors pensez à priori et agissez à posteriori » nous disait Alain Larouzet, notre mentor en philosophie de l’action. Cher ancien professeur, vous constaterez en lisant ces mots que nous avons pris bonne note de vos enseignements. Nous les avons mis en pratique à de nombreuses reprises durant notre périple. A défaut de ne pas avoir eu le droit d’échouer, nous avons par exemple organisé de manière quasi-militaire les traversées des Andes et du désert d’Atacama.  Ces « missions » nous ont confronté à des problèmes physiques et techniques mais nous les avons surmontés en agissant de manière solidaire, en se soutenant mutuellement et en prenant des décisions communes. Cela dit, ces deux anecdotes ne sont finalement que des cas d’école car elles ne nous ont pas confronté au pire des imprévus, celui qui est le plus difficile à prévoir et à gérer, celui qui met le plus à mal un groupe dans la réussite de son objectif car il ne dépend pas directement de lui : l’aléa humain extérieur.


Un aléa humain extérieur ? : « J’avais dit à droite Pignon »
Une fois nos billets Lima – Hong-Kong réservés, nous voulions être certains que nos vélos allaient être acceptés en tant que « bagages spécifiques ». 8 heures avant le décollage de notre avion, nous nous sommes donc rendus à l’aéroport afin d’enregistrer à l’avance nos bagages ainsi que les bicyclettes que nous avions religieusement emballées dans des cartons. L’aller en taxi-camion ne nous a pas posé de problème. « Suivez cet aéroport » et nous étions arrivés à bon port en une vingtaine de minutes. Le personnel du bureau d’enregistrement des bagages a tiré une drôle de tête lorsqu’ils a vu la taille de nos cartons. Même en enlevant la roue avant, nos vélos restaient imposant et ils ont du passer quelques coups de fil, avoir l’aval du service de logistique afin d’être certains que nos montures allaient pouvoir être conduites dans les soutes. Nous avons payé un excédent mais ce fut tout de même un grand soulagement quand ils nous ont finalement donné nos reçus d’embarquement. Nous sommes donc sortis de l’aéroport l’esprit tranquille et sommes allègrement rentrés dans un taxi pour rejoindre notre famille d’accueil afin de leur faire nos adieux. Nous avions cinq heures devant nous avant le décollage mais nous aurions du nous rappeler de cette fameuse citation cinématographique « Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien. Mais l’important ce n’est pas la chute, c ‘est l’atterrissage ». Explication. Les informations que nous avions fournies au chauffeur étaient claires comme de l’eau de roche: « Allez au kilomètre 21, 5 de la Panamerica Norte ». Cette énorme route qui draine l’intégralité des entrées et des sorties de la zone nord de Lima est connue comme le Pape au Vatican. L’esprit relax mais vif pour autant, nous nous sommes rendu compte au bout d’un moment que nous faisions fausse route. Nous ne comprenons toujours pas ce qui s’est réellement passé. Le fait est que nous avons passé plus d’une heure à rouler avec un chauffeur criant au scandale et demandant une réparation financière pour son essence sous prétexte que nous lui avions mal indiqué la destination. Nous avons finalement réussi à retourner à temps chez les Rabanals après avoir appelé Guillaume pour qu’il reéxplique la destination à ce péruvien apparemment malhonnête. Un allez vers l’ aéroport International de Lima : 15 soles, le retour vers la zone de San Martin De Porres : 30 soles !!! Ce qui s’est passé dans la tête du chauffeur : ça n’a pas de prix …


Un record ? : Prêt, feux, roulez !
Nous avons battu notre record de vitesse en Argentine, sur la route qui rallie la ville de Fiambala à ses eaux thermales. Nous avions entendu parler de cet endroit et étions bien décidés à y jeter plus qu’un simple coup d’œil. Une fois reposés avant d’entrer au Chili par le Paso San Francisco, nous avons eu le plaisir de rouler à la vive allure de 74 km/h sur un chemin traversant un paysage quasi-lunaire. La séquence sera bien sûr disponible en vidéo.


Une faim ou une soif ? : Quand ration rime avec raison
En général, nous gérons raisonnablement notre rationnement en eau et en nourriture. Mais il nous est cependant arrivé d’en manquer par oubli. Une fois, au Chili, nous étions tellement contents d’avoir réparé un rayon à Tocopilla que nous avons oublié de remplir nos habituels 15 litres d’eau. L’eau a également manqué au Pérou, après la montée vers Chalhuanca. On ne peut pas dire que nous avons véritablement manqué de nourriture durant notre traversée du Paso San Francisco mais nous avouons cependant que cette étape a été la plus diététique du voyage. Il était difficile d’y mourir de faim ou de soif puisqu’il était toujours possible de se faire aider par les quelques véhicules que nous croisions quotidiennement. Cependant, quand on se lance dans une étape de 400 kilomètres dans les hautes montagnes des Andes, mieux vaut correctement prévoir ses provisions et son essence pour le réchaud.


Une personne ? : Le hasard fait bien les choses … nous aussi !
Rude épreuve que de faire un choix entre les Hommes. Cela dit, parmi les gens que nous rencontrons continuellement au fil du voyage, certains se démarquent et passent le statut du souvenir éphémère : un couple de rider anglais qui ne sait même pas quand il rentrera, un brésilien à Buenos Aires pour des raisons professionnelles, une famille au Maroc, une autre en Argentine, un coach de BMX charmé par notre fière allure de voyageurs fatigués, un treckeur « addict » aux voyages, un américain qui se promène en Amérique du Sud, des hôteliers français expatriés à Lima etc… La question est de savoir po
urquoi on s’attache à ces personnes et pas aux autres. Le hasard joue son rôle en ce qui concerne la rencontre en elle même. Il est ensuite rapidement dépassé par la volonté de passer, ou non, du temps avec ces personnes. Nous pouvons dire que le destin nous sourit, que nous avons été chanceux de rencontrer tous ces gens. Mais nous affirmons également que nous avons un certain contrôle sur ce destin dans le sens où la chance se provoque.


Un lieu ? : L’essayer, c’est l’adopter
L’hôtel Pariwana à Cusco est un lieu qui nous a particulièrement « piégé ». Il est le parfait hôtel pour rencontrer des voyageurs et vacanciers du bout du monde. Américains, anglais, australiens, israéliens, espagnols, … et même quelques français …. bon nombre de nationalités ont été au rendez-vous pour profiter de Cuzco et de ses environs pendant 3 semaines. Nous avons également passé beaucoup de temps à la Casona Roja à Lima. C’est un excellent back-packer tenu par un Français que nous avions justement rencontré au Pariwana. Le monde est petit. Le Pérou aussi. Le voyage le rétrécit d’autant plus.


Une peur ? : Attention, traversée de cholita !
Au Pérou, Nicolas a eu une énorme poussée d’adrénaline quand une cholita a soudainement traversé devant lui en pleine nuit, alors que nous descendions vers Sicuani à vive allure. Nous étions épuisés d’avoir franchi un col à plus de 4000 mètres d’altitude et donc pressés de rallier la ville. »La nuit était telle que je ne l’ai presque pas vu arriver. Elle, par contre, a du me voir, j’avais mes phares allumés. Elle a du se dire que ce qu’elle faisait n’était pas dangereux, qu’elle pouvait gérer son passage. Le genre de réflexion qu’a un piéton un peu « foufou » quand il traverse une route à l’arrache entre deux passages de voitures. Mais elle n’a pas pensé à moi en faisant cela. Comme quoi, ce n’est pas parce qu’on croit gérer qu’il faut prendre des risques. Les chauffards sont souvent les autres comme on dit
».


Une habitude/ manie ? : Chef ! Oui Chef !
Les assiettes, les verres, les casseroles et le réchaud dans une sacoche. Un tupperware pour les couverts et les condiments dans l ‘autre, notre cuisine a sa place et elle la gardera. Cette organisation quasi-militaire s’ est imposée d’elle même au fil du voyage. Une cuisine, c’est comme un bureau de travail, il faut que tout soit à sa place car il est désagréable de perdre du temps avec les  tâches quotidiennes. Le soir, nous trouvons plus agréable de nous  reposer auprès du feu (pendant que les pâtes cuisent) que de chercher le poivrier qui s’est caché entre le diabolo et la boîte à café.


Une bonne expérience ? : Viva el paro !
Notre entrée au Pérou s’est révélée être une expérience humaine particulière. Cela faisait une semaine que nous étions en Bolivie, sur une île du lac Titicaca, près de la frontière péruvienne, à attendre la fin d’une manifestation organisée contre la construction d’une mine d’argent dans la région. L’ensemble des villages paysans se situant sur la route qui traverse les premiers kilomètres péruviens avaient concocté des barrages dont le but était de bloquer toute circulation entre les deux pays. Rien de tel pour faire entendre sa voix et qui plus est durant une période électorale présidentielle. N’ayant plus d’ espoir que cette manifestation s’arrête bientôt, nous avions pris la décision de voir de plus près ce qui se tramait dans cette campagne apparemment en agitation. Nous savions que les voitures et les cars étaient systématiquement bloqués par les manifestants. Deux solutions s’offraient donc à nous : prendre un bateau qui traverserait le lac Titicaca ou le longer à vélo. Nous avons  opté pour la deuxième solution.

La frontière officielle se trouve à 9 kilomètres de Copacabana, la dernière ville Bolivienne avant d’entrer dans le pays qui a vu naître la civilisation Inca 800 ans auparavant. Nos tampons de sortie obtenus, nous entamons les premiers kilomètres des 140 qui nous séparent de Puno, la ville où nous devons régulariser notre présence au Pérou. Parfois abandonnés, parfois accompagnés de leurs constructeurs, nous traversons les barrages sans problèmes. On nous dégage parfois la route d’un coup de pied qui esquisse un petit chemin au milieu des pierres. On nous interroge sur notre provenance et sur le but de notre présence. On nous demande une danse à la française en guise de laisser-passer. On nous regarde d’un air joyeux ou simplement interrogatif. On nous invite à partager quelques pommes de terres fraichement sorties du champ ou on nous dit qu’il sera impossible de rejoindre Puno, tout en nous laissant passer …

Paradoxalement, nous avons traversé environ 70 barrages en deux jours et nous avons rallié Puno sans grande embuche. Notre sourire encourageant, notre spontanéité et notre humble allure de jeunes voyageurs ont énormément joué en notre faveur. Nous avions déjà eu une pensée au Maroc et le Pérou venait de nous la rappeler : parcourir le monde à vélo force le respect. Particulièrement celui des populations qui vivent au jour le jour et qui ne bénéficient pas de notre luxueux confort de vie. « S’ils le pouvaient, certains marocains rentreraient dans leur salon avec leur voiture car ils aimeraient avoir le luxe d’être feignant grâce au progrès technique » nous disait un comédien marocain rencontré à la sortie de Tanger. C’est en partie pour cela que certaines personnes nous respectent. Elles admirent le fait que nous avons quitté notre lit douillet pour venir les voir humblement sur nos deux roues. Nous savons maintenant plus que jamais que les populations ne nous empêcherons pas de terminer notre périple, pas même celle d’une région déchaînée qui proteste pour la protection de sa terre et de son eau. Cette étape du voyage a été une excellente expérience humaine. Elle nous  a montré que les mèmes sociales et médiatiques sont à identifier et à prendre avec des pincettes. Il faut aller voir par soi-même un phénomène social pour réellement le comprendre.


Une déception ? : Une rencontre faussée
« Je suis à plat ! Attendez moi ! Arrêtons nous ici pour réparer tout ça ! » crie Nicolas sur le haut d’une montée, alors que nous roulons vers Cusco. On improvise un garage sur une grosse bande d’herbe sortant de la route. Un petit homme d’une quarantaine d’année vient nous voir. Il paraît d’abord curieux et affirme qu’il est le propriétaire des lieux. Il devient ensuite sympathique et nous propose de nous offrir un coup à boire. Nous ne sommes pas du genre à refuser une offre du genre. Nous la partageons le temps que Nico répare sa chambre à air. Au moment de partir, le sympathique péruvien baisse rapidement dans notre estime. Il nous demande 10 dollars en guise de paiement pour avoir « stationné » sur sa propriété. « Vous verrez, tous les péruviens sont des gens mal intentionnés » ajoute-t- il. Effarés et surtout déçus par son comportement, nous nous mettons d’accord pour lui donner symboliquement une pièce de cinq soles (soit un euro). Ce genre de mésaventure vous casse le moral. Il a fallu rouler quelques kilomètres avant d’entendre un réconfortant « feliz viaje » (bon voyage !) avant d’oublier ce bougre qui ne méritait pas qu’on pense à lui.


Un fou-rire ? : Le commerce à la péruvienne
Cusco est une ville magnifique construite à 3200 mètres d’altitude. Il y règne une sorte de magie ambiante propice à l’ébriété naturelle. Un sourire de cholita, un nuage biscornu, un rayon de soleil  qui éclaire une colline de maison, rien de tel pour donner le sourire. Les rigolades y sont nombreuses, les vendeurs de produits neuroactifs également. Rassurez-vous, ce fou-rire a été spontané et n’a pas nécessite de substance que notre corps ne puisse naturellement produire. C’est juste qu’il est difficile de ne pas éclater de rire lorsqu’un des ces nombreux travailleurs de la rue vient susurrer  gravement dans le creux de votre oreille un « coke ? » aussi puissant que discret qu’il aurait pu réveiller la cholita vendeuse de chewing-gum qui dormait non loin de là.


Un plaisir ? : ça roule ma poule !
Aashiq, l’américain rencontré à Copacabana et avec qui nous avons traversé les Andes péruviennes, est chef dans un restaurant à Los Angeles. Il aime cuisiner  et l’ idée de faire cuire un poulet sur la route lui tenait particulièrement à cœur. En partant de Cusco, nous sommes donc allés au marché San Pedro pour acheter Choly, une jolie poule toute blanche et bien dodue. Installée dans sa cage à l’avant du vélo d’Aashiq, Choly a vu du pays jusqu’à’ ce que nous trouvions le campement parfait pour célébrer la fin de son voyage. Ce soir là, après quatre jours d’ attente, nous avons enfin mangé ce poulet ananas-miel cuit à la broche.


Une joie ? : C’est le geste qui compte !
Cela fait  une semaine que nous avons attaqué les Andes et quelques jours que nous roulons dans des conditions extrêmes. Notre énergie et notre moral sont à leur plus bas niveau et nous ne savons pas exactement quand nous allons enfin descendre de cet altiplano indécis
qui sépare l’Argentine du Chili. Le problème, dans ce genre de situation, est que l’on projette ses espoirs sur la première descente venue et qu’il est facile de rouler de désillusion en désillusion. Une descente apparemment longue s’annonce enfin et nous mène jusqu’à une mine. Là-bas on nous reçoit comme des rois. On nous offre du café, des sandwichs, des biscuits et des jus de fruit. Pour couronner le tout, on nous informe que nous avons devant nous une descente continue  de 150 kilomètres  jusqu’à Copiapo, cette ville que nous attendons depuis les 100 kilomètres les plus spartiates de notre périple. Une joie immense nous envahit. Nous n’avons plus qu’à nous laisser dériver dans un paysage andin musicalement animé par nos MP3 tout en pensant à ces mineurs qui ont prouvé leur humanité en nous offrant un simple sachet de cookies …

Le vélo ! Voyager autrement ? : Au suivant !
Voyager. Autrement. Deux mots qui, dans le fond, sont très proches. Pourquoi? Car Voyager, c’est découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles cultures, s’en imprégner, perdre ses repères, changer ses habitudes et son rythme de vie. Voyager, c’est donc vivre autrement. C’ est ce que nous avons décidé de faire grâce à un tour du monde à vélo.

Le cyclo-tourisme est un mode de voyage assez particulier. Il est en soi assez simple : un guidon, deux roues, une selle, une armature métallique, quelques systèmes mécaniques pour freiner et régler sa vitesse, des bagages remplis et enfin, une tête et deux jambes. Cela dit, la simplicité réserve parfois bien des surprises. On est jamais à l’abri d’un problème technique ou physique. Mieux vaut être donc correctement préparé. Connaître son équipement et ses limites corporelles vous évite en effet bon nombre de désagréments. Quoi qu’il en soit, une fois le corps et l’équipement rodés, le cyclotourisme est à la fois jouissif et frustrant. Jouissif car il permet de contempler aisément les paysages parcourus, de faire des rencontres improvisées plus qu’à la coutume, d’appréhender à vitesse humaine de nouveaux horizons. Frustrant car cette approche du voyage – sauf si le temps ne vous est absolument pas compté – donne autant envie de se pencher sur les spécificités locales d’un endroit que de découvrir celles du prochain.

Voyager à vélo ne consiste pas seulement à se déplacer autrement mais aussi à penser autrement. Comme l’a dit Nicolas Bouvier, le célèbre voyageur et écrivain journaliste français : «  On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait ». A ce stade de notre voyage, nous commençons a être « défait » et notre quotidien a changé du tout au tout. Quand nous roulons, nous commençons notre journée en imaginant où et quand elle finira. Nous la passons lentement – mais paradoxalement, une journée de cyclo-randonnée passe très vite – au rythme des routes, des vallées, des montagnes, des villes et de leurs habitants.

Notre conception du voyage se résume à cela. Nous vivons chaque jours tel qu’il vient afin d’apprécier au mieux le suivant. Et nous ne risquons pas d’être déçus. Nous venons d’arriver à Hong-Kong après avoir traversé la France, l’Espagne, le Maroc, l’Argentine, le Chili, la Bolivie et le Pérou. Il nous reste maintenant à pédaler en Asie, en Inde, au Moyen Orient et en Europe de l’est. Autant de destinations qui ne laisseront pas indifférentes notre soif d’aventure dont le style hasardeux mais efficace nous conforte pour l’instant dans l’idée qu’une bonne étoile veille sur nous.